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LUI ET LE CHAOS


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Chronique de Dominique Jamet...

Élu, et confortablement élu, le 7 mai 2017, avec plus de 66% des suffrages exprimés contre 33% à sa concurrente malheureuse, nul ne saurait contester à Emmanuel Macron la base politique et juridique d’une victoire qui a fait d’un improbable outsider, pour une durée de cinq ans, le huitième président de la Ve République.

Ce n’est pas pour autant faire injure au jeune et brillant chef de notre cher et vieil État que de rappeler et de se rappeler qu’en dépit de ce résultat à tous égards remarquable il n’est après tout, comme d’autres avant lui, qu’un président par défaut. Cette caractéristique, il la partage en effet avec tous ses prédécesseurs contemporains, à commencer par l’illustre fondateur du régime actuel. Tous, sans exception, ont dû aller au deuxième tour pour vaincre, et si les 45% obtenus par le général de Gaulle lui-même, à son grand dépit, en décembre 1965, ont de quoi faire pâlir d’envie presque tous ses successeurs (1), il n’empêche qu’il faudrait remonter au XIXe siècle, à Louis-Napoléon Bonaparte et à décembre 1848, pour trouver un candidat élu dès le premier tour d’une élection présidentielle au suffrage universel avec 75% des voix, moins sur son mérite que sur ceux de son oncle, mais ceci est une autre histoire…

Revenons à notre temps et à notre sujet. La vérité dût-elle déplaire à Jupiter, les très honorables 24,9% recueillis le 23 avril 2017 par Emmanuel Macron signifiaient on ne peut plus clairement que l’Olympien qui loge aujourd’hui à l’Elysée n’était pas ce jour-là le premier choix de 75% des votants. Il s’ensuit que les 41 points gagnés entre les deux tours par l’idole des Marcheurs ne prouvent pas plus que les 60 points engrangés dans un contexte analogue par Jacques Chirac en 2002 une adhésion à sa personne et à son programme mais d’abord et parfois uniquement le rejet de son adversaire.

Dix-huit mois ont passé. Le président de la République a-t-il su élargir le socle étroit sur lequel l’avaient juché ses partisans. Après la surprise de sa victoire et le choc de débuts époustouflants, force est de constater qu’il n’en est rien. Les erreurs de toute sorte – erreurs de comportement, erreurs de langage, erreurs politiques – ont ramené le triomphateur de mai à son niveau de départ. La crise des « gilets jaunes », dont on connaît le début et les causes, mais dont on n’est pas près de voir le terme et de prévoir l’issue, le soutien que leur apportent plus de 70% de nos concitoyens, la baisse spectaculaire des opinions favorables à M. Macron, les sondages convergents soulignent l’échec de celui-ci, non seulement dans la forme et la méthode, mais par rapport aux promesses d’un nouveau monde, radieux, apaisé, équitable et follement moderne, qu’avaient multipliées le candidat et ses supporters. Le pourcentage de ceux qui soutiennent désormais le président s’établit à 26% des sondés, si l’on en croit les divers instituts spécialisés. Eh quoi, diront certains, faut-il croire aveuglément les sondages ? Non, sans doute, mais de quel autre instrument de mesure disposons-nous actuellement ?

Les textes institutionnels assuraient dès 1958 et ont assuré depuis 1965 au président de la Ve République, élu de tous les Français, une prééminence qu’a progressivement étendue la pratique et qu’a accrue au-delà du raisonnable la dérive irréfléchie, voulue par Chirac et Jospin, qui, faisant coïncider l’élection du chef de l’Etat et celle de sa majorité, assure en principe le premier et la seconde d’une tranquillité absolue pendant la durée de leur mandat de cinq ans.

Or, une chose est le pouvoir que confèrent les lois, une autre est l’autorité qui ne peut reposer que sur la confiance. Le général de Gaulle avait su, comme personne avant lui, et comme personne depuis, concilier son idée de l’Etat et son respect de la démocratie. Dix fois en onze ans, par le biais des referendums de 1958, 1961, 1962 et 1969, de l’élection présidentielle de 1965, des élections législatives de 1958, 1962, 1967 et 1968, donc en moyenne une fois par ans, l’homme du 18 juin a demandé au peuple s’il approuvait et cautionnait ses choix et ses orientations, s’il le confirmait dans sa mission, s’il reconnaissait en somme, plus que sa légalité, sa légitimité, et donnant aussi nettement que possible à entendre que si la confiance lui était refusée, il en tirerait aussitôt les conséquences, ce qui se vérifia en 1969, et que l’on a résumé par la formule bien connue : « moi ou le chaos ».

Autres temps, autres hommes. Où l’on voit une fois de plus que les textes, les lois et les Constitutions ne sont et ne valent que ce que l’on en fait. L’usage s’est peu à peu introduit puis l’habitude s’est cyniquement installe, chez les successeurs du général de contourner autant qu’il se pouvait les épreuves de vérité que constituent les consultations électorales, seul fondement républicain de la légitimité du pouvoir, et, puisqu’ils en avaient la possibilité, d’en ignorer les résultats. La pratique du referendum s’est raréfiée, car on craignait à juste titre qu’il se transformât en plébiscite pour ou contre ses organisateurs, puis ses résultats ont été bafoués, puis l’on y a renoncé, puis, à la grande satisfaction de la classe politique, il a été convenu, au sommet de l’Etat, qu’on n’accorderait pas non plus une signification excessive aux scrutins intermédiaires. C’est ainsi qu’impavides, Chirac, Sarkozy, puis Hollande ont pu être systématiquement désavoués lors des élections européennes, régionales, départementales ou municipales sans en tenir apparemment le moindre compte. Qu’importe d’être haï, qu’importe le chaos, pourvu que l’on demeure en place ! L’important est de durer, n’est-ce pas ? Napoléon disait déjà de Talleyrand qu’on pouvait lui botter les fesses sans qu’on en perçût l’effet sur son visage.
L’ennui est qu’un gouvernement affaibli et impopulaire n’ose plus agir et que, lorsqu’il s’y risque, il ne parvient plus à imposer ses choix. Ainsi a-t-on vu les trois derniers quinquennats s’enliser progressivement dans l’inaction et se perdre dans les sables de l’histoire.

En sera-t-il de même de celui-ci ? Le chef de l’Etat proclame que, s’il voit parfaitement les signes annonciateurs de la tempête, il n’en est pas moins résolu à maintenir le cap. Dans ces conditions, il n’y a pas de raison qu’il ne perde pas à son tour, lui aussi toutes les prochaines élections secondaires, dans la mesure même où, à défaut de referendum, celles-ci en seront le substitut.

La popularité de M. Macron fond ces dernières semaines comme neige au soleil, comme les glaciers alpins victimes du réchauffement climatique. Si la légalité de son mandat reste entière, qu’en est-il de sa légitimité ? Ce pays si longtemps passif semble à bout de patience. Il se pourrait bien, comme on l’a vu dans notre histoire, que le bon peuple se lasse de n’être souverain qu’une fois tous les cinq ans.

(1)Pour mémoire, rappel des scores obtenus au premier tour par les candidats finalement vainqueurs à l’élection présidentielle : 1965, De Gaulle, 44,6% ; 1969, Pompidou, 44,5% ; 1974, Giscard d’Estaing, 32, 5% ; 1981, Mitterrand, 25,8% ; 1988, Mitterrand, 34% ; 1995, Chirac, 20,7% ; 2002, Chirac, 19,9% ; 2007, Sarkozy, 31,8% ; 2012, Hollande, 28,6% ; 2017, Macron, 24,9%.


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