LREM ou la mise sous cloche de notre démocratie
Par amendement soumis aux parlementaires, le gouvernement souhaite instaurer le vote par anticipation à travers une machine à voter la semaine précédant le scrutin de l’élection présidentielle 2022.
Après la volonté affichée de la Macronie il y a plus d’un an de décaler les élections départementales et régionales, après la volonté affichée par François Bayrou d’instaurer la proportionnelle à l’Assemblée Nationale - une fausse bonne idée remettant en cause l’expression et la représentativité locale au sein du Parlement au profit de copinages –, après avoir évoqué la remise en place du vote par correspondance, nous pouvons nous demander le but recherché par cet amendement.
Alors que notre démocratie est malade, la souveraineté populaire étant « has been » pour notre élite, que l’abstention montante est avant tout conjuguée à la défiance vis-à-vis de notre classe politique, et pendant que le projet de loi n° 3733 propose de prolonger par son article 3 le régime de sortie de l’état d’urgence sanitaire au 30 septembre 2021 (l’article 4 reporte au 31 décembre 2021 la caducité des systèmes d’information institués pour suivre l’évolution de l’épidémie), ne peut-on pas parler de la nécessité de survie d’une certaine classe politique sous prétexte de la crise sanitaire ?
Le vote par anticipation va engendrer tout d’abord des problèmes techniques et logistiques : fiabilité de la machine de vote, son coût, le nombre déployés dans les communes pouvant engendrer des files d’attente, secret du vote…
De son côté, Bruno Retailleau, président du groupe LR au Sénat, dénonce une magouille politicienne (source journal Le Monde) : « Nous y sommes fortement opposés. D’abord c’est un amendement, ce qui permet au gouvernement de passer sous le radar du Conseil d’Etat, et en dehors d’une discussion parlementaire approfondie. Ensuite, pour l’élection présidentielle qui est la clé de voûte de nos institutions, on ne peut pas faire les choses à la va-vite. Un vote par anticipation est totalement opposé à la tradition française, c’est un amendement stupéfiant qui montre la légèreté du gouvernement sur les principes démocratiques » .
Se pose surtout la question de la sincérité du scrutin et du risque de fraude. Après la suppression du vote par correspondance en 1975 pour cette raison, le vote par anticipation ne fera qu’augmenter les suspicions. Dans une démocratie au congélateur (chronique de Dominique Jamet), cette technique de vote ne fera qu’augmenter la colère légitime populaire.
Ne bradons pas notre démocratie à ces amateurs, ne l’abaissons pas sur l’autel sanitaire, respectons la tradition et le vote libre et personnel, sans pression, en toute quiétude, dans le secret de l’isoloir, par fidélité à nos traditions.
Ludovic DEMATHIEU
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