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CECI N’EST PAS UNE GREVE


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Chronique de Dominique Jamet...

Ceci n’est pas une grève… Que ce soit par la couleur, par les formes, par la durée, par la pugnacité, par le niveau et la diversité de ses demandes, de ses attentes et de ses propositions, par leur nature, par leur ampleur, par les buts progressivement apparus et désormais poursuivis, le phénomène des « gilets jaunes », surgi il y a moins de deux mois, a presque aussitôt cessé d’appartenir à la catégorie des conflits sociaux habituels, et il faut être autiste comme un président, aveugle comme un gouvernement, sourd comme une majorité pour ne pas s’être très vite rendu à cette éclatante évidence.

Il est convenu de baptiser « mouvements », « journées d’action », ou « mobilisation », cette forme classique des luttes sociales qui se traduit par des arrêts de travail et se caractérise par l’immobilisation de tel ou tel secteur de l’économie, de tel ou tel outil de production, de telle ou telle profession, en vue d’obtenir de meilleures conditions de travail, de salaire ou de sauvegarder des emplois. La grève, puisque il faut l’appeler par son nom, plus ou moins massive, plus ou moins dure, plus ou moins longue, plus ou moins étendue, obéit à des lois et suit des parcours que connaissent et que maîtrisent correctement les partenaires sociaux, salariés, syndicats, patrons du privé, collectivités locales, Etat. Elle démarre, elle passe par son apogée, elle donne lieu à des négociations, elle décline, elle s’arrête enfin, dans trois cas de figure, parce que les grévistes sont à bout de force, parce qu’ils ont obtenu une partie de ce qu’ils demandaient, ou enfin parce qu’ils ont eu pleinement satisfaction.

Ici, rien de semblable, et ceux qui ont spéculé dès le départ, ceux qui, souvent encore, dans les hautes sphères d’où le vulgum pecus paraît quantité négligeable et en effet négligée, spéculent sur l’essoufflement du mouvement des « gilets jaunes » et se bercent de l’espoir que quelques dragées jetées depuis les balcons des palais ministériels, quelques concessions verbales, quelques leurres habilement agités feront rentrer les choses et les gens dans ce qu’ils osent appeler l’ordre républicain, se méprennent grossièrement. Le borgne n’y voit plus rien quand il se met le doigt dans son œil valide.

Ne surestimons pas, n’embellissons pas à plaisir, n’idéalisons pas un mouvement qui a ses défauts et ses faiblesses. Ne nions pas et n’excusons pas le cortège d’excès verbaux, de violences physiques et d’atteintes matérielles que le torrent des « gilets jaunes » charrie dans son cours tumultueux. Sur les ronds-points, dans les beaux quartiers des grandes villes et de la capitale, sur les plateaux des chaînes d’information continue, s’expriment chacun à sa manière des excités et des calmes, des excessifs et des raisonnables, des va de la gueule et des têtes bien faites, des va-t-en guerre et des pacifiques, des extrémistes et des modérés, l’extrême-droite, l’ultra-gauche et le centre dur. Alors des séditieux, des factieux, des dangereux, comme le serinent de samedi en samedi un ministre de l’Intérieur qui a troqué ses chaussures de ville pour de gros sabots de propagandiste et des députés en marche ou plutôt en déroute ?

Trêve de mauvaises plaisanteries. La diversité des « gilets jaunes » est l’image exacte, le reflet dans la glace de l’actualité du paysage politique et humain de la France, ou du moins d’une certaine France. De tout un peuple, de toute une plèbe oubliée, ignorée, méprisée, bafouée, abandonnée à son sort, c’est-à-dire à la paupérisation, au sous-développement, vouée au déclassement par des classes dirigeantes dont le nouveau monde a des allures et des mentalités d’Ancien régime. Ce déferlement qui est né comme une jacquerie et qui au fil des semaines a pu revêtir les apparences d’une insurrection pré-révolutionnaire, ce n’est pas une vaguelette, c’est une lame de fond, un tsunami venu des profondeurs de la France. Ces gens qui ont redécouvert la convivialité, l’amitié, la fraternité, la politique sur des aires d’autoroutes et des ronds-points, enfin utiles, et qui envisagent très sérieusement d’y demeurer jusqu’à la fin de l’hiver, jusqu’au début du printemps, tant qu’il faudra, ont pris conscience de leur force et ne réclament plus seulement le droit de manifester, mais celui, et peut-être même le devoir, de se soulever contre toutes les pesanteurs, toutes les fatalités et tous les abus de pouvoir.
Une taxe, une taxe de plus, une taxe de trop fut le déclencheur. Il s’agit bien de cela désormais. En dépit de leur inorganisation ( réelle ou supposée) des incohérences très réelles de leurs discours, de leur absence, à ce jour, de structures et de chefs, le fond est commun à presque tous, qui les fait se dresser contre les injustices et les inégalités d’une société sans cœur et sans âme, contre la confiscation de la démocratie par des représentants du peuple qui ne le représentent pas et par un système qui ne donne la parole aux citoyens qu’une fois tous les cinq ans, contre le dessaisissement de la nation par des institutions supranationales et des puissances financières multinationales. Il est à remarquer que le seul chant qui figure en permanence au répertoire des « gilets jaunes » est l’hymne national.

Emmanuel Macron, dans son allocution de fin d’année, a annoncé qu’il préciserait les conditions et les enjeux du « grand débat national ». Ce que les uns voient comme un retour des Etats-généraux et la l’instauration, sur la base de leurs cahiers de doléances, d’une démocratie participative, au détriment d’une démocratie parlementaire déjà bien affaiblie, le conçoit-on au sommet de l’Etat comme une suite de paroles sans autre conséquence qu’un gros rapport qu’on enterrera dans un grand tiroir ? Ce serait une erreur (de plus). Le chef de l’Etat, non sans une certaine crânerie, a donné à entendre qu’il présenterait dans les semaines qui viennent un projet européen qui va à contre-pied du courant aujourd’hui majoritaire de l’opinion. C’est transformer les élections de mai prochain en referendum et donc probablement se tirer une balle dans le pied. Le président de la République s’est également engagé à tenir son cap et donc à poursuivre ses « réformes » et notamment celle qui diminuera l’indemnisation du chômage. Le président de la République a-t-il vraiment compris le sens des événements en cours ? Le peuple français risque fort, sur ce sujet comme sur d’autres, de ne pas comprendre et de ne pas suivre le président de la République.

Il devenait de plus en plus difficile, ces dernière années, de faire sortir les citoyens de chez eux, les jours de vote. Il se pourrait qu’il soit encore plus difficile de les faire rentrer chez eux, les jours de révolte.


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