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ROUEN, LA DEFIANCE ET LE MEPRIS


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Le pire a été évité. Circonscrit, puis maîtrisé par les soldats du feu après vingt-quatre heures d’un combat difficile et acharné, le spectaculaire incendie qui s’était déclaré dans la nuit du 25 au 26 septembre ne s’est pas étendu au-delà du site de l’usine Lubrizol, et n’a finalement entraîné, si considérables qu’ils aient pu être, que des dégâts matériels. Le nom de Rouen ne s’inscrira pas en lettres majuscules dans la série noire des grands accidents industriels à côté de ceux de Seveso, en Italie, ou d’AZF, à Toulouse, et c’est fort bien ainsi. Il n’est pas près pour autant de s’effacer des mémoires et l’émotion qu’il a suscitée s’est légitimement propagée, bien au-delà des limites de la ville où fut brûlée Jeanne d’Arc, bien au-delà des zones directement affectées, à l’ensemble du pays.

Accidentelle ou criminelle, l’origine de ce qui aurait pu être un drame humain est pour l’instant inconnue. L’enquête la déterminera sans doute. Quelle qu’en soit l’issue, elle ne dissipera pas l’impression de plus en plus répandue ces temps derniers que notre pays est décidément très combustible.

Sur un plan plus général, il est impératif que les autorités supposées compétentes tirent toutes les leçons d’un incendie qui est plus qu’un incident. A l’occasion du sinistre, ceux qui l’ignoraient ont appris, ceux qui sont censés le savoir ont été invités à se rappeler que la France compte plus de treize cents sites classés « Seveso », dont sept cent cinq « Seveso haut » Or, l’événement a mis en lumière l’urgente nécessité soit de revoir l’implantation de ceux qui sont potentiellement les plus dangereux, soit, au minimum, de repenser et de tester les dispositifs prévus pour faire face à d’éventuelles défaillances, tant en termes de sécurité qu’en matière d’information. La chance ne sera pas toujours au rendez-vous.

On a pu vérifier, dans le climat de catastrophisme ambiant, que l’ensemble de la population était désormais vulnérable, au-delà des faits réels, déjà alarmants par eux-mêmes, à la moindre rumeur colportée par les réseaux sociaux, à n’importent quels fantasmes exploités par une propagande omniprésente. De fait, les fausses nouvelles ont proliféré sur le terreau fertile de l’écologie, noircissant l’eau, alimentée par la nappe phréatique, qui coulait pourtant pure des robinets rouennais, abattant par centaines, photos à l’appui, des oiseaux aussi trompeurs que dans un film d’Hitchcock, noyant de malheureux poissons effectivement asphyxiés en d’autres temps et d’autres lieux. Quant aux charognards de la peur, profitant d’un vent électoral favorable, ils n’ont pas manqué, comme un vol de gerfauts, de fondre sur l’occasion et de tout faire pour transformer l’inquiétude bien naturelle des habitants en angoisse, en panique et en colère. Et comment ne pas comprendre les réactions des uns et des autres quand le ciel noir pleure des larmes de suie, quand des relents infects de gaz, d’hydrocarbures, des odeurs d’œufs pourris, de désastre et de mort empuantissent l’atmosphère d’une ville qui en temps normal est déjà l’une des plus polluées de France, et des campagnes environnantes ?

Mais, dira-t-on, il appartenait en l’occurrence aux pouvoirs publics, aux différentes agences spécialisées, à la municipalité, à la préfecture, à la région, au gouvernement, d’apaiser, d’agir, d’informer, d’expliquer, de dissiper les craintes. C’est en effet le rôle que les représentants de ces diverses instances, locales et nationales, ont tenté de jouer. En vain, et c’est ici qu’apparaît, dans un registre sociétal et politique, l’aspect en vérité le plus inquiétant et le plus négatif de l’épisode rouennais.

Ce serait faire preuve de mauvaise foi que de contester, face à une actualité brûlante, l’activité, voire l’activisme qu’ont déployés les représentants de l’Etat, à commencer par le préfet, en poursuivant par les membres du gouvernement. Ce ne sont pas moins de cinq ministres, plus le premier d’entre eux, qui ont honoré la ville blessée de leur présence, de leurs propos, de leurs discours, et cela alors qu’ils étaient tirés à hue et à dia entre la préparation et le déroulement des célébrations et des cérémonies liées à la disparition d’un ancien président de la République.
Certes, ces visites et ces interventions ont été marquées du sceau de l’improvisation, de l’incohérence et du désordre. Certes, quand l’une reconnaissait que Rouen et sa région étaient « clairement polluées » mais que l’autre affirmait que tout cela n’était pas bien méchant, quand M. Castaner, ministre préposé à l’Intérieur et aux bourdes, déclarait dans la même phrase qu’il ne voyait pas de « dangerosité particulière » même si « l’inhalation de fumées a sa part de dangerosité », quand il ajoutait qu’il n’y a pas de risques « avérés »pour la population, ce qui revenait à dire qu’il n’était pas impossible qu’il y en eût, quand le préfet de Seine-Maritime parlait d’une situation sous contrôle mais interdisait dans cent douze communes du département la récolte et la vente de produits agricoles, il était permis de s’interroger sur la pertinence des annonces et la logique des annonceurs.

Il n’empêche qu’en d’autres temps, pas si lointains, la venue et la sollicitude de ces personnages éminents aurait eu un effet positif, qu’elle aurait été perçue comme un signe non équivoque de bonne volonté, de solidarité, la preuve d’une prise en charge du problème et d’une prise en compte des attentes et des besoins de la population. Or, il n’en a rien été, bien au contraire. Faute de pouvoir reprocher aux détenteurs de l’autorité de ne rien dire, on les accuse de tout cacher. Ils affichent une volonté de transparence absolue, on n’en croit rien, et plus ils parlent moins on les croit.
Les réactions de la foule, excitée par d’habiles meneurs, ne trompent pas. Loin de se réduire, encore moins de se combler, le fossé entre les dirigeants et les gouvernés ne cesse de s’élargir et de se creuser, le discrédit de la classe politique de s’aggraver. Trop de mensonges, trop de mépris ont alimenté, augmenté, généralisé la défiance populaire.
Cette défiance est née du double mépris dans lequel elle s’est enracinée au fil des années. Mépris de la vérité, et le souvenir du miraculeux nuage de Tchernobyl, s’arrêtant en 1986 à la vue des frontières de l’hexagone, ne s’est pas estompé. Mépris de la démocratie, et la rancune d’un peuple dont le vote a été ignoré, contourné et finalement bafoué en 2005 ne s’est pas dissipée. L’état des relations entre les Français et ceux qui prétendent parler au nom de la France est lourd de refus, de révoltes et de drames singulièrement plus graves, dans un autre domaine, que ce qui s’est passé à Rouen cette semaine.

Dominique Jamet


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