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L’islam et nous


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La France et l’Islam au fil de l’histoire (1)  : son titre définit clairement l’objet de l’étude ambitieuse, et pourtant d’une lecture facile, que Gerbert Rambaud consacre à un thème dont l’actualité ne saurait échapper à aucun lecteur.

Après un bref survol des religions qui se sont succédé sur notre sol depuis les Gaulois et leur bon vieux Toutatis jusqu’au triomphe du christianisme et aux péripéties parfois mouvementées de son histoire (les sanglantes guerres de religion du XVIe siècle), l’auteur retrace l’apparition de l’Islam et l’évolution de nos rapports avec les adeptes et les représentants de ce culte monothéiste, si proche par certains aspects des autres religions du Livre, et si difficilement compatible avec celles-ci.

Ces relations n’ont cessé de connaître des hauts et des bas, depuis la période de l’Islam conquérant qui amena les Berbères islamisés jusqu’à Poitiers et conduisit les Turcs jusqu’aux portes de Vienne jusqu’au reflux et à la disparition de l’Empire ottoman, victime entre autres des alliances malheureuses qu’il avait conclues pendant la Première guerre mondiale. Tantôt les rois (et les empereurs) de France, bravant la réprobation de la chrétienté, ont été jusqu’à nouer de solides alliances de revers avec les sultans « infidèles » pour contrer le Saint-Empire romain germanique ou contenir l’expansionnisme russe, tantôt ils ont conduit des croisades (saint Louis) ou des expéditions (Bonaparte) en Méditerranée contre la Turquie ou ses vassaux. La France, lasse des exactions commises par les Barbaresques, a même fini par s’attaquer à leurs repaires puis à y faire flotter son drapeau, avec les suites que l’on sait. La grande et généreuse idée de Napoléon III de faire de l’Algérie un « royaume arabo-français » a échoué définitivement lorsque la IIIe République s’est refusée à mettre sur un pied d’égalité le conquérant et les colonisés. Eh oui, Jules Ferry n’est pas seulement le prophète de l’école publique, laïque, obligatoire et gratuite, mais aussi, reflétant les idées de son temps, le théoricien de l’inégalité entre les races supérieures et…les autres.

Avons-nous réussi à concilier les exigences et les particularités de l’Islam avec les valeurs et les principes dont nous avons si longtemps proclamé la supériorité et affirmé le caractère universel ? S’il est une conclusion qui ressort de l’ouvrage de Gerbert Rambaud, c’est bien que le monde chrétien, celui de nos rois, puis l’ordre démocratique, tel que l’ont illustré plus ou moins heureusement nos Républiques, et le monde musulman ne se sont guère interpénétrés. Des cloisons relativement étanches les ont toujours séparés. S’il est une constante qui se dégage d’une histoire aujourd’hui plus que millénaire, c’est bien qu’il a généralement été plus facile d’être musulman dans un pays chrétien, que chrétien dans un pays musulman.

Pour ma part, il me semble que l’Islam, sous ses différentes formes, a invinciblement tendance à se faire théocratique. D’une manière plus générale, même s’il est arrivé par bonheur, ici et là, autrefois ou aujourd’hui, que des minorités soient bien intégrées, la paix et la sérénité civiles sont d’autant mieux assurées que les sociétés sont culturellement plus homogènes. La diversité des branches de l’Islam, leurs oppositions, trop souvent irréconciliables, l’étrangeté d’un renouveau qui se traduit par un retour à une lecture archaïque et rigide du Coran, l’absence d’une hiérarchie religieuse unanimement reconnue, autant de caractéristiques qui rendent l’affaire particulièrement délicate et l’avenir incertain.

Juriste, et plus précisément avocat, Gerbert Rambaud ne prétend pas apporter la réponse à toutes les questions posées, et moins encore rendre un jugement, mais simplement fournir à ses lecteurs les pièces du dossier qui éclaireront sa vision et lui permettront de se faire une opinion, - et c’est déjà beaucoup.

Didier Hamelin.

(1) Editions du Rocher 21.90€