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Il faut un colloque Michael Sandel


Il est un temps où les racines profondes de l’existence, celles qui puisent au plus profond d’une terre et d’un esprit, rejaillissent à la surface et offrent l’élan du sursaut. Cet appel, magnifié par le poids de l’histoire et la force des peuples est venu jusqu’à nous. Il nous exhorte à nous lever, debout.
Nous avons depuis des siècles marché sur cette terre, tiré d’elle le souffle de nos vies. Nous avons traversé de nombreuses épreuves qui auraient pu éteindre notre flamme, mais elles ont en réalité forgé un esprit, celui qui nous appelle aujourd’hui.

Le 26 avril 1938, à Paris, s’ouvrait un colloque dont la portée pèse aujourd’hui sur nos habitudes de vie : le colloque Walter Lippmann. Dès les années 1920, en pleine crise de la première mondialisation des échanges, Walter Lippmann entreprend de redéfinir la forme libérale de nos sociétés pour éviter ses crises, ses échecs, ses morts. Il souhaite conserver la forme capitalistique ouverte des sociétés mais redonne un rôle central à l’État selon deux grandes impulsions : le gouvernement des experts et la manufacture du consentement des populations. C’est l’invention du « néolibéralisme ».

Dans ces mêmes années, un philosophe pragmatique va s’opposer aux propositions de Lippmann, John Dewey. Pour lui, la forme ouverte des sociétés doit au contraire s’armer d’une vivacité citoyenne de la démocratie, jugée indispensable pour répondre aux mutations profondes du 20ème siècle. L’État en serait le garant.
La deuxième guerre mondiale mit un terme à la première mondialisation, mais le néolibéralisme lippmannien resta dans les esprits. La création de la société du Mont-Pèlerin en 1947 en fut sa réminiscence.

En 2021, il faut bien constater que ce néolibéralisme imprègne l’ensemble des institutions internationales et nationales dans le contexte d’une deuxième mondialisation des échanges, en crise majeure elle aussi. Le Royaume-Uni semble faire exception dans ce paysage, comme souvent dans l’histoire récente occidentale, pendant que l’organisation de Davos et son « Great reset » propose une intensification de ce néolibéralisme lippmannien.

Face à lui, plusieurs tentatives de conciliation furent entreprises. En 1971, John Rawls et sa théorie de la justice proposa une articulation fine de la liberté et de l’égalité, mais resta dans le cadre d’une vision neutre de l’individu, détaché des conditions qui l’ont fait naître et grandir. En 1982, Michael Sandel, allait - lui - donner une réplique déterminante en arguant que le juste rawlsien ne peut pas se réaliser avec des individus détachés, le juste ne peut pas se réaliser sans le bien.
Avant de prendre des décisions importantes qui engageraient durablement les populations, il est temps d’examiner ce que Michael Sandel nous dit de notre époque. Ses travaux portent sur les fondements individualistes du libéralisme et lui retournent une proposition « communautarienne ». L’individu n’est pas neutre et tout puissant, il est engagé dans des cercles de communautés qui lui ont permis de devenir ce qu’il est.

Michael Sandel a tout récemment mis en lumière les effets pervers de la méritocratie comme un dissolvant puissant du bien commun. Ce mode de sélection, dans des sociétés d’individus-détachés et ouvertes sur le monde, produit des « méritants » qui ne doivent leur réussite qu’à eux-mêmes, d’où leur Ubris, leur démesure. En miroir, les « déméritants » ne doivent leur échec qu’à eux-mêmes. Une telle séparation ne permet pas de faire vivre dans une même société la diversité humaine. Ce type de société est vouée à se désagréger et se révolter, sauf si la population est « prise en charge » par des experts « méritants », par un État garantissant la paix sociale et par des institutions internationales orchestrant la gouvernance mondiale.
Le néolibéralisme lippmannien doit-il donc s’intensifier ? C’est tout l’enjeu de ce début du 21ème siècle à l’échelle de la planète.

Nous sommes à nouveau en 1938. La crise de la deuxième mondialisation des échanges est à son paroxysme. Des populations se révoltent, des pays quittent les organisations internationales pour reprendre leur destin en main. Nous avons besoin de sortir la tête de l’eau pour envisager notre avenir commun, il faut donc un colloque Michael Sandel.

Pascal Tripier-Constantin


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