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"Le Grand remplacement, réalité ou intox ?"

de Jean-Paul Gourévitch, publié aux Éditions Pierre-Guillaume de Roux


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Nous n’avons pas lu ce livre ... Voici pourtant une note de lecture qu’on nous a transmise sur un sujet d’actualité brûlant. Nous la soumettons à votre sens critique. Que celui-ci se prononce en sa faveur ou à son encontre, la démographie et l’immigration sont des enjeux essentiels.

Jean-Paul Gourévitch est démographe, écrivain, essayiste et universitaire. Il a enseigné l’image politique à l’Université de Paris XII et il a contribué à l’élaboration de l’histoire de la littérature de la jeunesse et de ses illustrateurs. Il a publié plusieurs livres consacrés à l’Afrique et aux aspects sociaux et économiques de l’immigration en France en tant que consultant international sur l’Afrique, les migrations et l’islamisme radical. Dans son dernier livre, il met en perspective la théorie du Grand remplacement afin « de permettre à chacun de se faire sa propre idée sur le Grand remplacement, qu’il soit réel, en cours, pour plus tard, ou pour jamais, mais à partir de données précises et techniques, aussi bien quantitatives que qualitatives. C’est aussi pour cela que l’ouvrage est truffé de chiffres permettant de voir quelle a été la transformation de la France depuis un certain nombre d’années et de savoir si cette courbe va se poursuivre dans le même sens, ou s’il y a des variables qui vont la modifier ».

Les initiateurs de ce terme dénoncent la disparition progressive d’une population que l’on pourrait qualifier « de souche » qui serait remplacée par une population immigrée. Dans son analyse, il nous explique qu’il faut bien différencier « les immigrés, les descendants d’immigrés de la première génération et les descendants d’immigrés de la deuxième ou de la troisième génération. Pour les immigrés, les choses sont claires. Elles ont été parfaitement formulées par Didier Leschi, directeur de l’Office français de l’immigration et de l’intégration, donc un organisme officiel, qui dit qu’il y a 11 % d’immigrés en France, c’est-à-dire de gens qui sont nés à l’étranger de parents étrangers et qui sont venus s’installer de façon longue ou définitive en France. En ce qui concerne les descendants d’immigrés, on a fait un travail qui montre que dans la population française actuelle, il y a 12 ou 13% de descendants directs d’immigrés, soit avec deux parents étrangers, soit issus d’un couple mixte. Il y a donc entre 22 et 24 % de personnes d’origine étrangère en France pour l’instant et ce chiffre est en augmentation permanente. Parallèlement, nous avons une partie de la population que l’on appelle française de souche - même si je n’aime pas tellement ce terme - qui part à l’étranger, de façon très longue ou définitive, et l’on voit que chaque année, sur les 200 000 qui partent, il y en a 120 000 qui ne reviennent pas. Donc, si vous faites un ratio entre les immigrés et leurs descendants, avec les personnes qui sont venues de façon irrégulière, en ajoutant les mineurs non accompagnés, puis en cumulant le solde migratoire de l’immigration avec celui de l’expatriation, il y a une transformation chaque année de la population française de l’ordre de 400 000 personnes : ce n’est pas encore un Grand remplacement, mais c’est une transformation quand même importante ».

Derrière ce concept du Grand remplacement, il y a surtout une inquiétude autour du changement de civilisation : « D’un côté, un certain nombre de migrants d’origine ou de culture musulmane se sont peu à peu intégrés à la civilisation française et on ne les différencie plus au bout de deux ou trois générations. De l’autre côté, nous avons des conversions qui sont relativement importantes, notamment dans des zones où il y a majoritairement des personnes d’origine étrangère, et l’on observe que des Françaises ou des Français de souche deviennent musulmans. Le premier groupe est plus important que le second, mais cet effet d’attraction qu’exerce l’islam sur une partie de la population française ne doit pas être négligé. C’est pour cette raison que j’ai fait un travail de décompte et d’observation. On sait aujourd’hui que l’ensemble de la communauté musulmane représente en France entre 7 et 9 millions de personnes, y compris les enfants. Sur ces 7 à 9 millions, nous avons 4 millions de pratiquants. Tous les spécialistes sont d’accord sur ce chiffre de 4 millions. Bien sûr, on peut toujours discuter du critère qui permet de dire s’ils sont pratiquants ou non, mais la plupart des gens considèrent que l’observation du ramadan est le critère le plus visible et le plus plausible. À l’intérieur de ces 4 millions de pratiquants, il est très difficile de savoir quelle est la proportion de gens tentés par l’islamisme radical. J’ai établi une fourchette qui va entre 300 000 et un million, parce que vous avez des gens qui sont plus ou moins tentés par cet islamisme radical et vous en avez d’autres qui consultent très régulièrement des sites musulmans sur Internet. J’ai étudié les chiffres de ces consultations et surtout le temps passé. Beaucoup de gens regardent longtemps les sites islamistes radicaux, mais ceux qui regardent les sites modérés sont encore plus nombreux, toutefois ils y passent moins de temps. On peut penser que ceux qui regardent longtemps les sites musulmans radicaux sont certainement plus radicaux que ceux qui consultent des sites islamistes modérés. Vous avez au cœur de cette communauté, entre ces 300 000 et un million de personnes, une sorte de noyau dur de gens qui, sans passer automatiquement à l’action, pourraient être tentés de le faire : c’est ce que l’on appelle les réseaux dormants, que l’on peut estimer à 50 000 personnes maximum. Il suffit que quelques dizaines de personnes se réveillent en même temps pour mettre un pays à feu et à sang. On a vu que dans ces réseaux dormants, il y a des gens qui sont véritablement tentés par le fait de remplacer notre civilisation par une civilisation qui respecterait le Coran à la lettre et qui nous ferait revenir un certain nombre de siècles en arrière ».

Jean-Paul Gourévitch explique que plus de 20 % de la population a changé en 50 ans. Dans ce contexte, la notion de Grand remplacement prend tout son sens : « Si la courbe se prolonge exactement avec la même intensité que nous l’avons vu croître depuis quelques dizaines d’années, nous arriverons à une situation telle que la France sera en majorité musulmane à la fin du XXIe siècle et qu’il naîtra plus d’enfants d’origine africaine que d’enfants autochtones. Cette notion de temps est complexe, parce qu’il y a plusieurs variables que nous ne maîtrisons pas. La première variable porte sur la transition démographique, puisque les femmes d’aujourd’hui font moins d’enfants que leurs mères qui, elles-mêmes, faisaient moins d’enfants que leurs propres mères. Cette transition démographique existe au Maghreb et chez les femmes d’origine maghrébine qui résident en France, mais elle existe très peu en Afrique subsaharienne et elle est vraiment au point de départ chez les femmes d’origine subsaharienne qui sont en France. Donc, la première question que nous ne pouvons pas maîtriser est de savoir si cette transition démographique va s’étendre, notamment aux femmes d’origine africaine. La deuxième variable est climatique, car on ne sait pas du tout ce que sera le poids des migrations en raison de ce que l’on appelle aujourd’hui le réchauffement climatique. Il se peut que les migrations de demain ne ressemblent pas à celles d’aujourd’hui et, comme l’Europe n’a rien anticipé, on va devoir courir après les événements sans pouvoir les maîtriser. La troisième variable est beaucoup moins connue et c’est un sujet sur lequel je suis très sensible depuis plusieurs dizaines d’années : c’est le développement de l’immigration virtuelle, puisque nous avons au Sud, dans des secrétariats ou dans des plates-formes de marketing, des gens qui sont payés par des organismes qui sont dans le Nord. Est-ce que cette immigration virtuelle sera suffisamment forte pour faire en sorte que les gens préfèrent rester au Sud, auprès de leur famille ? Ou est-ce que le désir de migration l’emportera et poussera un certain nombre de gens, une fois qu’ils auront un bagage intellectuel, financier et relationnel, à rejoindre les pays du Nord ? C’est une variable que nous ne maîtrisons pas. Nous sommes face à trois variables qui peuvent modifier la progression de la courbe et c’est pour cette raison que je reste prudent sur l’évolution qualitative et quantitative de la population, car aucun scénario ne peut être considéré comme certain ». Cependant, il estime que « la transformation de la population est évidente depuis une trentaine d’années et la plupart des médias font semblant de la méconnaître. Malheureusement, beaucoup de gens dénoncent cette notion de Grand remplacement sans avoir lu l’ouvrage de Renaud Camus, ni le mien, ni d’autres ouvrages qui traitent de la question... Et ils font des condamnations d’ordre moral sans prendre en compte les considérations démographiques, sociétales ou sociologiques ». Dans son livre, il évoque aussi le Pacte de Marrakech. Cet accord n’a pas un caractère contraignant, il n’a pas valeur de loi en France, mais les juges peuvent se baser sur sa signature pour modifier la jurisprudence en matière d’accueil des migrants : « Au départ, c’était une sorte de déclaration d’intention que 193 pays ont signée. À la fin, seulement 152 pays ont signé ce pacte et, sur ces pays, un certain nombre sont déjà décidés à ne pas l’appliquer. Mais les associations de ces pays peuvent les attaquer juridiquement en leur disant qu’ils ont signé un pacte et qu’ils doivent l’appliquer. Ce pacte est théoriquement non contraignant, mais il va fournir des références sur le plan judiciaire pour permettre aux partisans de l’ouverture complète des frontières de dire que ce pacte n’est pas respecté. Ce qui est encore plus cocasse, c’est qu’un certain nombre de pays qui ont signé ce pacte ne l’ont pas lu ! Il est quand même marqué dans le pacte que les pays signataires doivent s’engager à recueillir leurs ressortissants qui sont partis à l’étranger, s’ils ont été déboutés ou s’ils ont épuisé toutes les voies de recours... Je suis persuadé qu’un certain nombre de pays africains qui ont signé ce pacte ont zappé ce paragraphe qui les obligerait à récupérer leurs ressortissants qui ont été déboutés du droit d’asile... On a fait beaucoup de buzz médiatique sur ce pacte, mais il n’aura sans doute pas plus d’importance que le pacte sur l’immigration et l’asile proposé par Nicolas Sarkozy, que 27 pays européens ont signé et que personne n’a appliqué, ou que la directive sur les migrations de remplacement, qui avait été faite en 2000 par la division de la population des Nations Unies et qui, aujourd’hui, est devenue complètement lettre morte ».

« Le Grand remplacement, réalité ou intox ? » de Jean-Paul Gourévitch est publié aux Éditions Pierre-Guillaume de Roux.


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