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Ils vont tuer EDF


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Ci-dessous le résumé d’un dossier paru dans le magasine MARIANNE (n°1178 du 11 au 17 octobre) intitulé "EDF, le démantèlement a commencé". Ce dossier se décompose en 2 articles : "Ils vont tuer EDF" de Jean-Michel QUATREPOINT et "Nucléaire : quand l’Etat joue conte son camp..." de Benjamin MASSE-STAMBERGER.
Notre mouvement est en accord avec ce magnifique article que nous vous recommandons


EDF incarne la quintessence du service public à la française, au service de ses clients, de son personnel, de son actionnaire, l’Etat, et des collectivités locales. Si le personnel et le Comité d’entreprise en ont largement profité, la contrepartie en était la distribution de courant par tous temps et en tout lieu. L’Etat a, rappelons-le, touché de 2004 à 2014 plus de 20 milliards d’€ de dividendes ! EDF a joué un rôle déterminant dans l’aménagement du territoire, et a fait bénéficier les industriels comme les particuliers d’énergie à bon marché, grâce au principe républicain de la péréquation tarifaire. EDF a aussi accumulé les compétences, notamment dans la filière nucléaire, devenant une référence mondiale. Ainsi, c’est elle que les Chinois choisissent pour installer leur première centrale à Daya Bay, en 1984 !
Mais pendant ce temps, la révolution néolibérale américaine est en marche. Dérèglementation, démantèlement des monopoles, concurrence, limitation du rôle de l’Etat deviennent le nouveau crédo du monde Anglo-Saxon, et les Européens vont finir par en adopter les grandes lignes. Les gouvernements Français successifs ne feront pas exception.

Pour EDF, récit d’une tragédie :

Acte 1 : les monopoles publics attaqués  : Un premier pas est franchi en 1986 avec l’acte unique Européen. Dans les années 90, la Commission s’attaque aux réseaux de services publics, avec comme principe la séparation de la production et de la distribution, les opérateurs historiques étant sommés d’ouvrir leurs réseaux à de nouveaux entrants. Les situations et les alternatives sont pourtant différentes selon les opérateurs. Marcel BOITEUX faisait observer qu’il n’y avait pas de service alternatif à la lumière électrique !

Pourtant, malgré quelques réticences ça et là, la classe politique française considéra que la cause Européenne valait bien une « messe libérale », et au passage ne négligea pas de régler quelques comptes politiques contre ces nucléocrates, à gauche, ou ce bastion CGT, à droite ! La nomination du patron d’EDF devint alors un enjeu politique, avec changement de Président à chaque changement de majorité, avec pour celui-ci une seule feuille de route, ouvrir EDF aux nouvelles règles Européennes.

Acte 2 : l’équation financière impossible  : d’une part, on demande à EDF la sécurité et la paix sociale, en lui accordant des hausses de tarifs parcimonieuses, et d’autre part, on l’oblige à s’ouvrir à la concurrence, ce qui entraîne mécaniquement une perte de clientèle importante, la part de ses concurrents dépassant aujourd’hui les 20%. Pour compenser, EDF est incitée à s’implanter à l’international, non sans déconvenues : des achats payés au prix fort, en Argentine, au Brésil et aux U.S.A. sont passés par pertes et profits ! Pour récupérer de l’argent frais, en vue des investissements nécessaires sur notre sol, 15% du capital est mis sur le marché en 2005, au prix de 32€ l’action. Mauvaise pioche : les dirigeants sont obligés de se couler dans les normes des marchés financiers, et l’on se garde bien de parler de l’avenir de la filière nucléaire, qui demande des investissements colossaux. Notons au passage que François Hollande, Premier Secrétaire du PS, dénonce une « faute politique qui remet en cause un acquis essentiel du pacte républicain » ! La contradiction entre l’intérêt des actionnaires, qui pensent dividendes, et l’Etat, qui pense d’abord au prix de l’électricité, fait que le cours se de l’action se « traîne » aujourd’hui aux alentours de 9,50€ … mauvaise affaire !!!

Le gouvernement, pour des raisons électorales, bloque les recettes d’EDF, puisque le tarif réglementé baisse de 9% entre 1990 et 2010, alors que l’inflation progresse de 36% !

Nicolas SARKOZY fait adopter la loi NOME (Nouvelle Organisation du Marché de l’Electricité) qui introduit l’Accès Régulé à l’Electricité Nucléaire Historique, (ARENH), usine à gaz élaborée à la demande des technocrates de Bruxelles. Cette arnaque se déroule ainsi : pour faire place aux nouveaux concurrents, la Commission Européenne oblige EDF à vendre une partie de son énergie nucléaire à un prix déterminé censé tenir compte de l’amortissement des centrales et leur coût d’exploitation…. mais pas les coûts qui se sont ajoutés, notamment après la catastrophe de Fukushima, en termes de nouvelles normes de sécurité et le grand carénage ! Le prix a été fixé à 42€ le mégawatheure en 2011 … jusqu’en 2025 ! Et depuis, les opérateurs privés achètent ou non selon les prix du marché ! Pile je gagne, face tu perds ! EDF et la collectivité ont construit les centrales et les réseaux, et les entreprises privées se font une rente sur notre dos, sous le fallacieux prétexte de l’intérêt du consommateur !

Acte 3 : Déchirements au sommet  : avec le nouveau millénaire, les années horribles commencent : les acteurs qui jouaient groupés se déchirent : dans le nucléaire, AREVA et Anne LAUVERGON attaquent seuls la construction d’un Centrale EPR en Finlande, ALSTHOM et Patrick KRON engagent aussi un bras de fer avec EDF. En interne, les équipes qui ont construit les centrales vieillissent et partent à la retraite, alors que la mode est à l’externalisation, à la sous-traitance. L’EPR de Flamanville est imposé par Patrick ROUSSELY à des équipes réticentes. En fait l’EPR n’est pas un véritable saut technologique, et EDF, comme AREVA d’ailleurs en Finlande, multiplient les erreurs, notamment dans la modélisation informatique du projet. Les délais s’allongent démesurément, et les coûts explosent.

Emanuel Macron est dans une impasse : il n’est pas fondamentalement hostile au nucléaire, au nom de la souveraineté, mais ne veut pas affronter Bruxelles sur le plan de l’ouverture à la concurrence. Il pense assurer à EDF un relai de croissance en poussant en 2015 à accepter le chantier Anglais Hinkley Point, très critiqué en interne, et entraînant la démission du Directeur Financier. EDF prend un risque financier énorme alors qu’elle se trouve devant un mur d’investissements, notamment avec le grand carénage des centrales nucléaires, soit 100 milliards d’€ dans la prochaine décennie. De plus elle a hérité des réacteurs nucléaires d’ AREVA, en pleine déconfiture, et voilà que les réacteurs d’Hinkley Point prennent à leur tour du retard !

Acte 4 : HERCULE rentre en scène  : placé devant une impasse financière, ne voulant pas se brouiller avec les « verts », éminemment anti-nucléaires, Macron cherche une martingale : sanctuariser le nucléaire dans une filiale « EDF Bleu », détenu 100% par l’Etat, auquel on ajoute la filière de production hydraulique, et les énergies renouvelables, plus surtout le réseau de distribution ENEDIS, dans « EDF vert »dont le capital sera ouvert au secteur privé, 30% dans un 1er temps, l’Etat se désengageant progressivement.

Pourquoi donc s’alarmer ?? En cassant l’outil en deux, on prive EDF de la partie encore rentable de la distribution, on va privatiser peu à peu les barrages, on va l’obliger à vendre à prix coûtant le tiers de sa production nucléaire. En le privant de ressources, alors que son endettement est déjà important, en lui imposant un « mur d’investissement », on obligera EDF à se tourner vers son actionnaire unique : l’Etat… et Bercy veille !!!

Sous la pression des verts qui veulent privilégier les éoliennes et le solaire, sous la pression de Bercy qui tient les cordons de la bourse, EDF n’aura pas les moyens de développer le nucléaire ! D’ailleurs, ASTRID (Advanced Sodium Technological Reactor for Industrial Demonstration) vient d’être abandonnée par Emanuel MACRON ! ASTRID incarnait la 4ème génération du nucléaire, celle des réacteurs à neutrons rapides refroidis au sodium, recyclant l’uranium appauvri et le plutonium des anciennes centrales. Rappelons que Jospin a laissé tomber les réacteurs PHENIX et SUPERPHENIX, que CHIRAC relance, puis SARKOZY débloque les premiers crédits importants. Mais HOLLANDE met le pieds sur le frein pour des raisons politiques et financières : en effet, la mise en service d’un premier prototype à Marcoule et le déploiement industriel en 2040, c’est minimum une enveloppe de 5 milliards, pouvant monter jusqu’à 10 ! Personne ne veut mettre la main à la poche, pour des visions court-termistes budgétaires pour les uns, ou par les dettes existantes pour les autres ! Et pourtant ASTRID serait une formidable machine à recycler les déchets ! Sans réacteur de 4ème génération, que va-t-on en faire ? D’autant que cette solution est un formidable atout d’indépendance énergétique, la France s’éclairant et se chauffant avec les déchets que les autres nous envoient à La Hague ! En stoppant le réacteur ASTRID, l’exécutif avoue avec discrétion que le nucléaire est pour lui une industrie du passé.

Le projet HERCULE sonne donc la fin à terme de notre filière nucléaire, la privatisation financière et la hausse de la facture électrique pour le consommateur. La facture gonfle, notamment par la hausse des taxes pour subventionner les éoliennes et les panneaux solaires ! Chère transition verte : +7% en 2019, probablement 4% au 1er janvier 2020.

Au-delà d’EDF, c’est tout le système électrique Français qui sera déstabilisé. D’autant que la Chine tisse sa toile ! Voulue par Bruxelles, l’ouverture à la concurrence s’est accompagnée d’un début de concentration des acteurs. Or, en Grèce, en Italie, au Luxembourg, au Portugal, quelques grands noms de la distribution sont tombés dans l’escarcelle des géants de l’Empire du Milieu, contrôlés par l’Etat. Il s’agit de préparer un grand pont électrique transsibérien parsemé de centrales nucléaires, dont Pékin est en train de maitriser les technologies, décrypte Nicolas MAZZUCHI, de la Fondation pour la recherche stratégique. Le démantèlement de note fleuron est donc une aberration économique risquant de mettre à mal notre indépendance énergétique.

Didier Hamelin


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