UNITE NATIONALE CITOYENNE
Vous êtes ici : Accueil » Jamet le dimanche ! » QUELQUE CHOSE DE POURRI…

QUELQUE CHOSE DE POURRI…


agrandir

Chronique de Dominique Jamet...

Karachi. La ville ? Non. L’affaire. L’affaire ? Quelle affaire ? Une affaire au regard de laquelle l’affaire Bygmalion est une bagatelle, l’affaire Cahuzac une roupie de sansonnet et l’affaire de Rugy une chiure de mouche. Une affaire politico-crapuleuse qui est aussi une affaire d’Etat. Une affaire dont les responsables et les coupables n’ont toujours pas répondu devant la justice, un quart de siècle après les faits. Une affaire dont l’origine, le déroulement et les conséquences tragiques sont connus depuis déjà longtemps mais dont les derniers développements sont pieusement couverts comme c’est le cas depuis ses débuts par une étrange, mystérieuse et miséricordieuse opacité et dont les principaux acteurs comme les seconds rôles ont bénéficié jusqu’à présent d’une incroyable impunité.

Saviez-vous qu’enfin, depuis le début de cette semaine et jusqu’à la fin du mois en cours, une demi-douzaine de personnalités et d’individus mis en cause et mis en examen dans le volet financier du dossier « Karachi » - à savoir M. Nicolas Bazire, jadis directeur de cabinet du Premier ministre, M. Renaud Donnedieu de Vabre, ancien conseiller du ministre de la Défense, ou le nommé Ziad Takieddine, entremetteur de son état - comparaissent devant le tribunal correctionnel de Paris ? Vous ne le saviez pas ? Mais comment le sauriez-vous, même si vous suivez de près l’actualité, alors que depuis le début de ce procès a priori sensationnel, la quasi-totalité des stations de radio, des chaînes de télévision et des quotidiens nationaux ou régionaux, apparemment sollicités par d’autres urgences, n’ont pas cru devoir lui consacrer une émission ou un article ou même quelques mots, ou seulement quelques lignes, cet invraisemblable black-out, cette stupéfiante complicité par omission constituant par eux-mêmes une affaire dans l’affaire, qui serait justiciable d’une grande enquête médiatique, à défaut d’instruction judiciaire ou de débat parlementaire ?

Rafraîchissons les mémoires. Ce n’est pas d’aujourd’hui que les grands vizirs rêvent d’être califes.

Propulsé à la tête du gouvernement par la grâce de Jacques Chirac, « un ami de trente ans », le détestable Iznogoud, c’est Edouard Balladur que je veux dire, se trouvait à l’étroit, un an plus tard, dans le cadre pourtant flatteur de l’hôtel Matignon. Caressé par la réussite, grisé par les sondages, circonvenu par toute une camarilla de pousse-au-crime, de Charles Pasqua à Nicolas Sarkozy en passant par François Léotard le Premier ministre ne manquait pas d’atouts. Il avait la faveur des pronostics, le soutien des commentateurs et les leviers du gouvernement. Il ne ferait qu’une bouchée de son adversaire désigné du premier tour et le second ne serait qu’une formalité. (En ce temps-là, la « droite républicaine » pouvait encore se payer le luxe de la division). Ne rassemblant plus autour de lui que quelques fidèles démoralisés – Juppé, Séguin, Madelin – Chirac semblait perdu d’avance. Pourtant, le maire de Paris disposait encore d’un avantage non négligeable sur son rival. Etant parvenu de justesse à garder le contrôle du RPR, il pouvait utiliser les finances du parti et ajouter à ce trésor de guerre la jolie cagnotte qu’il s’était faite en levant systématiquement, depuis des années sa dîme sur les marchés publics de la capitale. A Balladur, en revanche, même après avoir râclé les fonds secrets des tiroirs de l’Etat, même après avoir mis au pillage la trésorerie du Parti républicain, manquaient cruellement le soutien des militants et le nerf de la guerre.

Qui eut l’idée géniale de pallier cette carence avec les moyens du bord ? Balladur lui-même ? François Léotard ? Charles Pasqua ? Vite bouclé, vite bâclé, un contrat miraculeux vint irriguer la campagne asséchée du favori. Pour la jolie somme de quatre milliards d’euros, l’Arabie saoudite achetait trois frégates et le Pakistan trois sous-marins à la France. Comme il était d’usage, et même légal à l’époque, un dixième du marché était reversé aux négociateurs censés en avoir favorisé la conclusion, à charge pour ceux-ci, en vertu d’une clause secrète, de reverser la moitié de leurs commissions à leurs interlocuteurs. Des flots d’argent se déversèrent dans les caisses d’Edouard Balladur.

On sait la suite. La finance était bien au rendez-vous. Ce furent les électeurs qui n’y vinrent pas. Le premier soin de Jacques Chirac, à peine élu, fut de mettre un terme au versement échelonné des commissions, donc des rétrocommissions. Non par vertu mais par ressentiment et par vengeance. Les magouilleurs prirent leur mal en patience pendant cinq ans, espérant un retour de fortune. Le triomphe inattendu du même Chirac, en 2002, fut le déclencheur de leurs représailles. Ils n’avaient plus rien à espérer. Le 8 mai 2002, quinze ingénieurs et techniciens, dont onze Français de la Direction des chantiers navale, trouvèrent la mort dans un attentat à la bombe sur le port de Karachi.

En dépit des obstacles de toutes sortes, accumulés en travers de leur enquête (manque de moyens, annulation de procédures, et pour finir dessaisissement) deux juges intègres et obstinés, Renaud van Ruymbecke et Marc Trévidic, sont parvenus à réunir présomptions accablantes et preuves contre les instigateurs, les organisateurs et les profiteurs d’une opération délictueuse et, par ses conséquences, meurtrière, sinon criminelle. Vingt-cinq ans après les faits, dix-sept ans après le carnage de Karachi, six des coupables ont été enfin attraits devant un tribunal – correctionnel. Avoueront-ils ? L’ancienneté du dossier, l’absence de publicité faite à l’affaire et plus encore, sans doute, le fait qu’ils n’ont été que des exécutants aboutiront selon toute probabilité à un jugement relativement indulgent pour les corrupteurs, peut-être plus sévère pour les corrompus. Mais quid des donneurs d’ordre ?

Nicolas Sarkozy qui, en tant que ministre du Budget, connut et laissa faire le montage nécessaire aux malversations convenues, n’a été entendu dans cette affaire que comme témoin. On sait que d’autre part l’ancien chef de l’Etat a un calendrier judiciaire. Mais qu’en est-il, qu’en sera-t-il d’Edouard Balladur, bénéficiaire malheureux mais bénéficiaire de l’entreprise et de François Léotard, de longue date retiré des affaires mais son complice en tant que ministre de la Défense ? Après une méditation prolongée, la Cour de cassation a décidée qu’en tant qu’anciens ministres, les deux hommes étaient justiciables de la Cour de justice de la République. Or, le président Macron a prévu la suppression de la Cour de justice de la République, institution qui a fait la preuve de son inefficacité sinon de son inutilité. A supposer que ce haut tribunal soit en effet aboli, quelle juridiction prendra-t-elle en charge les deux prévenus ? Et quand ? Dans l’ hypothèse la plus hardie, ceux-ci ne sauraient comparaître avant l’année prochaine. Edouard Balladur aura quatre-vingt-onze ans, François Léotard soixante-dix-neuf ans. Le tribunal, quel qu’il soit, qui les jugera, tiendra compte de leur âge.

Ainsi va la justice en France. Lente, boîteuse, inégalitaire, biaisée, trafiquée, aussi discréditée en matière politique que le sont les autres pouvoirs dans leur sphère. Dans une démocratie réelle, les tribunaux auraient depuis bien longtemps soit fait litière d’accusations infondées et délivré des casseroles qu’ils traînent depuis vingt-cinq ans deux citoyens exemplaires soit lourdement condamné les deux auteurs du pacte de corruption dont doivent répondre aujourd’hui, dans la plus étonnante discrétion, leurs agents subalternes.

Mais vivons-nous dans un pays réellement démocratique ou à l’ombre d’une République bananière, douce pour les puissants, impitoyable aux faibles ? « Il y a quelque chose de pourri », dit Hamlet, « au royaume de Danemark. »


Facebook Twitter Google Plus Linkedin email


"La démocratie, c'est le gouvernement du peuple exerçant la souveraineté sans entrave"
Général de Gaulle

"A force de vouloir se passer des Nations, on finira par se passer des peuples"
Philippe de Villiers

"Dire qu'il faut transmettre les valeurs de la République, c'est trop faible : il faut transmettre l'amour de la France."
Jean-Pierre Chevènement

"On commence à parler de populisme lorsque les peuples votent autrement que le souhaiteraient les élites."
Hubert Védrine



Autres citations...



Rejoignez-nous ! Vos adhésions, dons ou actions sont vitales





Contactez-nous



Recevez nos infolettres




Nos partenaires



Découvrez-nous !
"Notre engagement politique plonge ses racines dans notre amour de la France..."




Dernière vidéo sur notre chaîne Youtube


Retrouvez-nous sur les réseaux sociaux
twitter facebook youtube



Votre contact local


Planning de l'UNC

Rechercher