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Et maintenant ?


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Chronique de Dominique Jamet...

Trois chiffres pour commencer, trois données statistiques résultant pour la première d’une élection législative partielle, pour les deux autres de deux sondages d’opinion.
Le 25 novembre dernier, alors que la révolte des gilets jaunes battait son plein, M. Francis Chouat, maire d’Evry, remportait largement le second tour de l’élection organisée dans la circonscription de Corbeil-Essonnes, naguère encore fief de Manuel Valls. Le vainqueur, investi par La République en marche et soutenu par la droite locale, obtenait en effet près de 60% des suffrages exprimés face à la candidate de La France insoumise, qui bénéficiait pourtant de l’union de toutes les gauches.
La régularité de la campagne et du scrutin qui ont envoyé M. Chouat au Palais-Bourbon étant incontestable et d’ailleurs incontestée, ce n’est pas pour autant faire preuve de mauvais esprit que d’observer qu’au premier tour, 82% des électeurs inscrits, et 83% le dimanche suivant, n’avaient pas cru devoir se déplacer pour voter. Il en découle que si M. Chouat est bien député de l’Essonne, qualifier de « représentant du peuple » un homme qui n’est le choix, au mieux, que de 12% des électeurs de sa circonscription ne reflète pas exactement la vérité. La contrepartie de son succès était une démonstration éclatante – une de plus - de la déconnexion entre la politique et les citoyens de ce pays. Où l’on bute une première fois sur le vieux, sur l’éternel débat entre légalité et légitimité.

Au même moment, le président de la République tombait au plus bas de sa popularité, à moins que l’on préfère dire qu’il n’avait jamais été aussi haut dans l’impopularité. Alors que M. Macron avait été élu avec 66% des voix (après n’avoir été, il est vrai, le premier choix que de 24% des votants) seuls 21% de Français lui faisaient encore confiance. Les quatre cinquièmes restants de la population se répartissaient entre la désapprobation, l’hostilité et la détestation de sa politique et de sa personne.

Cela alors qu’à la veille d’un quatrième samedi de bruit, de fureur et de chaos, au moins 72% des sondés comprenaient, approuvaient ou soutenaient le mouvement des gilets jaunes, en dépit de la gêne et des dégâts qu’avaient déjà entraîné leurs diverses manifestations, de la crainte de désordres plus graves, et du marasme du commerce à l’approche sacrée des fêtes de fin d’année.

Ces « gilets jaunes », ce mouvement multiple et protéiforme surgi des profondeurs de la France, quelques observateurs, quelques chercheurs et de rares hommes politiques avaient vu monter leur défiance, leur souffrance, leur désespoir. Ils avaient mis en garde contre le fossé que le nouveau président, ses soutiens, ses ministres et ses conseillers, souvent les mêmes qui avaient déjà servi ses prédécesseurs et en tout cas leurs dignes héritiers, ne cessaient de creuser entre une France fortunée ou aisée, diplômée, insouciante, égoïste, « moderne » et déjà mondialisée et la plèbe oubliée, abandonnée à quelques tribuns, et de surcroît explicitement méprisée, de « ceux qui ne sont rien » Mais ce n’est pas d’aujourd’hui que les puissants ignorent les prophéties de Cassandre. Qu’importait du reste aux imprévoyants locataires des palais républicains qu’un nombre de plus en plus grand de citoyens se fussent progressivement mis en retrait de la communauté nationale, qu’ils se fussent mués en exilés de l’intérieur. Qu’importait aux élus le niveau de l’abstention, qu’importait aux beaux parleurs le mutisme des plus défavorisés tant que leur sourde colère restait muette, tant qu’ils baissaient la tête, courbaient l’échine et payaient les taxes. Pendant que la France d’en haut s’évertuait à nous fabriquer une société à l’américaine, dynamique, inégale, injuste, matérialiste, déculturée, sans idéal et sans âme, ça mijotait, ça chauffait, ça bouillait dans les profondeurs du volcan social. Et puis ça a explosé.

La pratique de l’euphémisme est depuis longtemps ancrée dans les mœurs et la langue de notre beau pays. Ainsi les habitants des Pyrénées, ne supportant plus qu’elles fussent « Basses » ont-ils obtenu qu’elles devinssent « Atlantiques », comme ceux de la Seine ont souhaité que, cessant d’être « Inférieure », elle devînt « Maritime ». C’est dans le même esprit, et pour flatter des rebelles dont on a peur, qu’on nous rabâche matin et soir que nous avons affaire à une révolte des « classes moyennes ». Mais comment ose-t-on encore dénommer « classes moyennes », ces classes qui justement ne le sont plus, ces classes exaspérées, ces classes désespérées, ces classes déclassées que l’on a peu à peu laissées s’enfoncer dans la précarité, la pauvreté et enfin l’exclusion ?

Nul ne se hasarderait à prédire les suites et le destin final d’un soulèvement dont l’irruption, la force et la pugnacité n’étaient inscrites dans aucun programme et laissent désemparés aussi bien le gouvernement et la majorité actuels que les partis politiques traditionnels, aussi bien ceux qui constituaient le système que ceux qui prétendaient l’avoir balayé et que ceux qui prétendent s’y substituer.
Les concessions que s’est résigné à annoncer M. Macron ne sont pas négligeables. Accordées il y a trois semaines, elles eussent comblé les « gilets jaunes ». Suffiront-elles demain à les apaiser ? La raison et la période de l’année où nous sommes militent en faveur d’une trêve, fût-elle seulement celle des confiseurs, mais nul ne saurait ignorer que la loi qui a prévalu est comme d’habitude celle du plus fort et que la pression, la contrainte et la peur sont les meilleures explications d’une reculade qui était présentée comme aussi inconcevable aussi impossible il y a quelques semaines que le Brexit il y a deux ans. De purement fiscales, les revendications sont devenues sociales puis politiques, puis quasiment insurrectionnelles…

Les « gilets jaunes », forts d’une première victoire qui n’était pas acquise se laisseront-ils à leur tour gagner et enivrer par l’hubris, à l’image du jeune président qui il y a dix-huit mois prenait d’assaut l’Elysée à la hussarde ? Les beaux esprits qui abondent dans ce pays se gaussent à bon compte des incohérences, des contradictions, des divisions, des pas de clerc d’un mouvement qui vient de naître. Ce n’est pas faux, mais ils auraient grandement tort de ne pas en voir les aspects positifs et novateurs. Des centaines de milliers, peut-être des millions de nos concitoyens sont sortis de leur torpeur et de leur atonie. S’ils ont revêtu des gilets phosphorescents, c’est pour être visibles. S’ils ont pris la parole, c’est pour se faire entendre. Dans un grand bouillonnement, ou brouillonnement, de conversations, de discussions, de propositions, autour des braseros des ronds-points ou sur les plateaux de télévision, les voilà parvenus au même stade où étaient leurs ancêtres lorsque ceux-ci, à travers toute la France, rédigeaient, maladroits, naïfs, ou raisonnés et argumentés, leurs cahiers de doléances, ils ont par la route de la révolte retrouvé la place qu’on leur déniait au sein de la communauté nationale, et déjà les 12% que l’on prête (généreusement ?) à une éventuelle liste « gilets jaunes » aux élections européennes bouleversent la donne et les prévisions des sages.

Qu’en adviendra-t-il ? Si la politique, comme l’écrivait Paul Valéry, fut d’abord l’art d’empêcher les peuples de se mêler de ce qui les regarde, on devrait se féliciter de voir le peuple se passionner pour les affaires de la cité et réinvestir le monde politique, même si, comme nous le constatons depuis hier, il est aussi difficile de faire rentrer dans son lit un peuple en crue qu’une rivière débordée.


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