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GILETS JAUNES : ACTE IV, SCENE 1


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Chronique de Dominique Jamet...

Au lendemain d’un quatrième samedi de désordre et de fracas, l’humeur dominante était ce matin au soulagement. L’Apocalypse annoncée à son de trompe, pour ainsi dire programmée par les sphères gouvernementale et médiatique, et légitimement redoutée aussi bien par les « gilets jaunes » que par ceux qui craignaient de faire les frais de leur colère, n’avait pas eu lieu. L’Arc de triomphe n’avait pas été de nouveau profané. L’Élysée n’avait été ni envahi ni même menacé. Paris n’avait pas brûlé, ou si peu…Et surtout, surtout, on n’avait pas eu à déplorer le moindre mort. Ne restait plus, n’est-ce pas, comme les dimanches précédents, qu’à évaluer les dégâts, à nettoyer les rues, à remplacer les vitrines brisées, le mobilier urbain vandalisé, à indemniser les commerçants dévalisés, à faire jouer les assurances…et à tendre le dos en attendant le prochain week-end et en espérant qu’il se termine aussi bien. La routine du chaos, en somme.

Ce soulagement, ce « lâche soulagement », pour reprendre l’expression même de Léon Blum en 1938, n’est pas sans rappeler, toutes proportions gardées, la réaction première de l’opinion à l’annonce des lamentables accords de Munich. Il est d’abord le fruit blet de l’angoisse répandue ces derniers jours par des responsables politiques d’autant plus anxiogènes qu’ils étaient plus anxieux, et par les innombrables acteurs, commentateurs et analystes de l’actualité, professionnels ou amateurs, plus souvent pyromanes que pompiers, dont les progrès de la communication ont fait proliférer l’espèce et amplifié la voix. Mais il donne aussi, et c’est encore plus inquiétant, la mesure de la déliquescence d’un pouvoir dont la volonté vacille, dont l’assise rétrécit et dont la main tremble, d’un pouvoir dont on peut constater de semaine en semaine l’incapacité à assurer la mission élémentaire qui est la sienne : la garantie et le maintien de la sûreté publique.

Certes, par la grâce d’une mobilisation générale qui, nous dit-on avec des trémolos grandiloquents, a réuni la totalité des effectifs disponibles, près de 90.000 gendarmes, CRS et policiers ont tenu en échec 135.000 manifestants généralement pacifiques et quelques milliers de trublions. Certes, plus de 2000 fauteurs de trouble avérés ou potentiels ont été interceptés, interpellés et pour certains gardés à vue. Brillant succès, en vérité, qui n’a été acquis qu’après que, des heures durant, des voyous, des casseurs et des pillards sont allés sans complexe à l’affrontement avec la police, ont tenu la rue, brûlé des voitures, saccagé des magasins, répandu dans nos villes, et pas seulement à Paris, l’incendie, la terreur et la désolation. Le prix à payer est exorbitant, tant sur le plan économique qu’en termes psychologiques, politiques et sociaux. L’image de la capitale est entachée, l’image de la France affectée, le moral des forces de l’ordre atteint, la crédibilité du pouvoir gravement affaiblie. Ce qui est apparu hier dans l’aveuglante clarté des flammes, c’est que la fracture ou plutôt le fossé entre la France profonde et la France officielle ne cesse de se creuser, c’est aussi que des hordes barbares, persuadées de leur impunité, se conduisent sur notre sol comme s’ils étaient en guerre dans un pays ennemi.
Au-delà de ces combats de rue, au-delà du tumulte, alors que nous venons d’aborder le quatrième acte du drame qui se joue à ronds-points fermés depuis la mi-novembre, rien ne donne sérieusement à penser que le mouvement dit des « gilets jaunes » soit en train de s’essouffler. Tout indique au contraire, quels que soient les gênes et les dommages qu’il a pu entraîner jusqu’ici, que l’approbation et le soutien de la population lui demeurent très largement acquis. Après avoir trop longtemps répondu aux cris par le silence, aux revendications par le refus, et aux attentes par l’immobilité, le gouvernement, autrement dit le chef de l’Etat, semble avoir enfin pris conscience de l’ampleur du problème, et admis, fût-ce à contre-cœur, que quelques concessions, jetées comme une aumône du balcon d’un palais et que la promesse d’une concertation ne désarmeraient pas les mécontents, qu’il était vain de spéculer sur leur lassitude, aventureux de jouer le pourrissement, imprudent d’espérer que tout rentrerait dans l’ordre à l’approche des fêtes.

En serions-nous déjà au cinquième et dernier acte ? On sait que dans la tragédie antique c’est celui du dénouement, que facilite bien souvent l’intervention d’un opportun deus ex machina. Un rôle en or pour celui qui ne s’offusquait pas, parvenu au sommet, d’être comparé à Jupiter, et d’en brandir les foudres qui se sont trop souvent avérées du carton dont on fait les décors et du bois dont on fait les flûtes. Mais que sera le texte ?
L’intervention d’Emmanuel Macron est attendue avec une impatience qui n’est pas jouée. Car ce qui est en jeu, chacun l’a compris, ce n’est pas seulement la réussite ou l’échec d’un homme longtemps favorisé par la chance et caressé par la réussite, mais celle de son quinquennat et sa place dans l’histoire, en fonction de l’orientation qu’il aura décidé d’imprimer à la France. Quitte à reconnaître sincèrement ses erreurs de comportement, de langage, de jugement, de politique, quitte à se déjuger, à se démentir, à s’humilier s’il le faut pour faire de cette humiliation même le tremplin de son rebond, ce que l’on attend du président de la République française, ce ne sont pas de grands mots et de petites mesures, mais un total changement de cap. Ce que l’on attend du chef de l’État, c’est qu’il cesse d’être le porte-parole des technocrates et des « bobos », le président des très riches, la marionnette des multinationales, le chouchou de Bruxelles, l’idole des startuppers, c’est qu’il abjure sa conception du monde à la mode de Wall street pour se préoccuper enfin de la grandeur de la France et du bonheur des Français, de tous les Français.

Les beaux esprits se gaussent des contradictions internes, de l’incohérence, de l’inexpérience des « gilets jaunes ». Il est vrai que ceux-ci, passés de la spontanéité d’une jacquerie au tout-terrain politique et d’humbles demandes matérielles à des exigences parfois sans mesure, n’ont pas jusqu’à présent bâti l’un de ces brillants programmes qu’excellent à mettre au point les professionnels de la politique pour mieux les renier une fois en place. Mais s’ils ne sont pas toujours clairs dans l’expression de leurs souhaits, ils le sont dans celle de leurs refus. Ce soulèvement venu des profondeurs a une signification qui rassemble sur l’essentiel, en dépit de divergences secondaires, tous ses participants. Accablés de taxes et d’impôts divers, chômeurs, précaires ou travailleurs salariés à qui leur emploi n’assure pas les conditions d’une vie décente, les « gilets jaunes » sont unanimes dans le rejet des partis politiques traditionnels, corrompus, sclérosés et non représentatifs, d’une société inégalitaire et injuste, d’élites indifférentes, déconnectées, voire méprisantes, des deux oligarchies, de l’argent et des diplômes, qui sont à la France d’aujourd’hui ce qu’étaient à la France d’hier la noblesse et l’Eglise. Ils ont perdu la confiance, ils ont perdu l’espoir. Il incombe à Emmanuel Macron de les leur rendre. Vaste programme.


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