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AFFAIRE AUDIN : UNE HISTOIRE FRANCAISE


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Comment le général Massu, ancien de la France libre et lieutenant du général Leclerc, comment le colonel Bigeard, héros de la guerre d’Indochine, et un temps captif du Vietminh, comment le lieutenant-colonel Hélie Denoix de Saint-Marc, comment le capitaine Pierre Sergent, rescapés des camps d’extermination allemands, ont-ils pu organiser, couvrir, mettre en œuvre, assumer, cautionner, et tout simplement accepter un système de répression, incompatible avec les principes d’un Etat de droit ? Comment les soldats de la 10e division parachutiste, la plus belle unité de l’armée française, comment ces combattants magnifiques, au risque d’y perdre leur honneur et leur âme, ont-ils pu se muer en policiers et à l’occasion en tortionnaires ? C’est ce que l’on ne peut comprendre si l’on n’a pas vécu le drame que fut la guerre d’Algérie, cette guerre étrange, sans nom, sans fin, sans gloire, mais avec son contingent de morts militaires et son cortège funèbre de victimes civiles, ses héros qui furent traités comme des criminels et ses criminels dont on fit des héros. Si on ne l’a pas vécue ou si l’on n’en connaît pas l’histoire.

A ces officiers dont certains, parmi les plus remarquables, se muèrent en soldats perdus, à ces soldats qui méritaient de savoir pourquoi ils combattaient, on avait donné des raisons de lutter et de mourir. On leur avait appris, et cela dès l’école, que l’Algérie, conquise par les armes un siècle plus tôt, n’était plus une colonie comme les autres, mais une part indivisible et indétachable de la France. On leur avait juré que jamais la métropole n’abandonnerait ces départements français. On leur avait expliqué qu’ils étaient en première ligne d’une guerre juste, aux avant-postes de la civilisation face aux assauts de la barbarie. On leur avait démontré qu’il n’était pas possible de perdre cette guerre sur le terrain militaire, on leur avait expliqué qu’il n’était pas question de la perdre sur le terrain politique. On leur avait enfin fourré dans la tête que, face à un adversaire invisible et insaisissable, qui ne portait pas l’uniforme et ne respectait pas les lois de la guerre, qui ne sortait de l’ombre,où il replongeait sitôt ses forfaits perpétrés, que pour assassiner, égorger, mutiler, pour tuer à la balle et au couteau, face aux « terroristes » (puisque, confrontés à une situation qu’avait connue l’occupant allemand avec la Résistance française, nous n’avions pas tardé à en reprendre le vocabulaire puis les méthodes) tous les coups étaient permis, voire recommandés…

Rafles, perquisitions, arrestations arbitraires, déplacements de population, viols, exécutions sommaires et pour finir, torture, ce que l’on reproche à notre armée d’avoir fait en Algérie ne constitue certainement pas le chapitre le plus glorieux de son histoire. Mais cette même armée était-elle responsable et comptable des fautes, des erreurs, des injustices et des inégalités qu’avaient commises et institutionnalisées notre administration et nos gouvernements plus d’un siècle durant ? Etait-elle pour quoi que ce fût dans ce lamentable gâchis ? Qu’y pouvait-elle si nous avions abondamment utilisé les populations locales comme chair à canon pendant les deux guerres mondiales pour mieux les laisser croupir dans la misère et le ressentiment une fois la paix revenue ? Avait-elle tort de prédire que si l’Algérie accédait à l’indépendance, les Algériens ne connaîtraient pas la liberté ? Avait-elle enfin le choix face à un ennemi qui ne s’embarrassait d’aucun scrupule et usait à merveille de la terreur qu’il inspirait comme de celle que nous faisions régner ?
Il est facile – trop facile – de reprocher à notre armée les exactions qu’elle a pu commettre au long des sept années d’un conflit sanglant, gagné sur place mais perdu à Paris puis à Evian. La faute initiale, la faute fondamentale incombe aux gouvernements successifs qui, dépassés dès le départ, se défaussèrent sur les militaires de tout ce qu’ils ne voulaient, ne savaient ou n’osaient pas faire. C’est la République elle-même qui, au nom de la patrie, délégua progressivement, officiellement et légalement à son armée des tâches auxquelles celle-ci n’était pas préparée et qui n’auraient jamais dû être les siennes, à savoir la police et l’administration d’un pays déchiré par les « événements ». La feuille de route donnée, au moins de 1954 à 1958, à notre commandement, aux généraux et aux colonels qui étaient à la fois le bras armé et l’incarnation de la France en Algérie, était sans équivoque. Il leur incombait de tout faire pour garder l’Algérie à la France. Tout. La plus grande honte dans cette histoire ne va pas finalement à ce qu’a fait l’armée mais à ce qu’on lui a fait faire et à ceux qui le lui ont fait faire.

Et tout cela finalement pour la désavouer après l’avoir compromise et pour punir des officiers rebelles d’une révolte à laquelle on les avait poussés. Tout cela pour finalement couper à la hache, sans gloire et dans la hâte, les liens séculaires qui attachaient, quoi qu’on pût en dire, l’Algérie ex-coloniale à la France. Tout cela pour condamner à l’exode un million de « rapatriés » et livrer à leur destin, c’est-à-dire au massacre, des dizaines de milliers de Français musulmans qui avaient cru à nos serments et respecté les leurs. N’est-ce pas d’abord de ces abandons et de ces lâchetés que nous pourrions nous repentir ?

Maurice Audin figure parmi les innombrables victimes de la guerre d’Algérie. Ce jeune militant communiste et français avait choisi de faire passer ses idéaux avant sa nationalité, de préférer, pour reprendre les mots de Camus, la justice, ou ce qu’il considérait comme la justice, et la cause du F.L.N. à sa mère, à sa patrie. Il devait payer au prix le plus fort les conséquences de son choix et de son engagement. Arrêté et torturé, jusqu’à la mort, ses bourreaux firent disparaître son corps et tentèrent assez maladroitement de faire disparaître les traces de leur crime.
Emmanuel Macron a cru devoir, soixante ans après les faits, et au nom de l’Etat, présenter ses excuses et demander son pardon à la veuve de Maurice Audin. Pourquoi pas, dira-t-on, et l’affaire Audin est emblématique, depuis ce jour de 1957 où des parachutistes vinrent l’enlever à son domicile, des excès liés à la bataille d’Alger et, plus généralement, des horreurs, entraînées par la guerre d’Algérie, dont s’est rendue coupable l’armée française.

La démarche de l’actuel président de la République, aussitôt saluée de l’autre côté de la Méditerranée comme du côté gauche de notre paysage politique, est en réalité de celles qui ravivent les plaies qu’elles prétendent cicatriser. Il est trop facile, en spéculant sur les sentiments d’une partie des Français, et sur l’ignorance du plus grand nombre, d’ignorer la complexité de ce que, jusque récemment, on qualifiait d’événements., avec des pudeurs de gazelle.

Si M. Macron veut contribuer, comme il l’a laissé entendre, à la « recherche historique », en particulier par le déclassement des archives, que n’a-t-il assorti l’étalage de sa compassion pour le malheureux Maurice Audin de quelques mots en mémoire des soldats français morts au combat, des harkis et des pieds-noirs massacrés en Algérie, notamment après le théorique cessez-le-feu du 19 mars 1962. Toutes les victimes n’auraient-elles pas droit au même respect et à la même sollicitude ?

Il est vrai que M. Macron s’était avant-hier levé du pied gauche, et qu’il n’est pas absurde de supposer que l’hommage rendu à Maurice Audin, à la veille de la fête traditionnelle de L’Humanité, tout comme les propos aimables échangés quelques jours plus tôt, à Marseille, avec M. Mélenchon, le révolutionnaire intermittent, et bien entendu la présentation simultanée du mirifique plan Pauvreté, visaient d’abord à redorer auprès de la France de gauche l’image quelque peu dégradée du président des riches.

Certains hommes politiques prennent grand plaisir à s’essuyer les pieds sur leurs prédécesseurs. M. Macron serait-il du nombre ? Aurait-il fait mieux que les dirigeants de la IVe République, ferait-il mieux face à un drame de l’ampleur du drame algérien ? Son comportement fuyant et sinueux, sa recherche permanente du fameux « en même temps », ses déclarations incohérentes sur des dossiers tels que ceux de l’immigration, du terrorisme djihadiste, voire de l’Europe, autorisent un certain scepticisme. La vérité semble bien avoir été le cadet des soucis du président Macron lors de la minuscule affaire Benalla. Sa redécouverte opportuniste du dossier Audin ne suffira pas à nous persuader qu’elle est devenue soudain sa préoccupation première.


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