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Poutine, ses maîtres, ses modèles


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Chronique de Dominique Jamet

A l’heure où j’écrivais les lignes qui vont suivre, les bureaux de vote n’avaient pas encore fermé en Russie, et nul ne connaissait le résultat de l’élection présidentielle en cours. J’étais donc parfaitement conscient de prendre un risque en pariant sur une nouvelle et éclatante victoire du président sortant, Vladimir Vladimirovitch Poutine. Ce risque m’a cependant paru limité tant l’issue du scrutin, annoncée par les sondages, prévue par les commentateurs et apparemment souhaitée par une large majorité des électeurs, laissait peu de place au doute. Je me suis donc permis d’anticiper de quelques heures un événement inscrit d’avance dans le calendrier politique de 2018.
La Russie de M. Poutine est-elle une démocratie ? Si l’on se réfère aux normes habituellement considérées comme constitutives de ce régime – pluralisme des partis, liberté de l’opinion et de son expression, séparation des pouvoirs, respect des droits de l’homme, etc. -, le moins que l’on puisse dire est qu’il serait difficile de donner une réponse positive à la question.
Peut-on pour autant contester à M. Poutine la légitimité que va pour la quatrième fois lui apporter le suffrage universel, la popularité que lui valent les dix-huit années pendant lesquelles il a exercé un pouvoir de plus en plus autoritaire, et la confiance du peuple russe ? Ce serait faire preuve de mauvaise foi, et faire fi d’une réalité qui crève les yeux, et d’abord de ceux qui ne veulent pas la voir.
La Russie doit faire face à de nombreux problèmes, et notamment avec l’Occident. Mais l’Occident, quand il s’agit de la Russie, a de gros problèmes avec la vérité, et nos médias comme nos dirigeants, sous l’influence du vent qui vient de l’Ouest, ont d’autant plus tendance à stigmatiser ce grand pays et son actuel président qu’ils connaissent moins l’histoire de celui-là et comprennent moins la mentalité de celui-ci.
Les intellectuels russes, les artistes, les esprits les plus libres, les couches les plus évoluées aspirent évidemment à jouir des mêmes droits et des mêmes libertés qu’ils croient un peu vite être notre apanage. (Il y aurait beaucoup à dire sur la part de mensonge et d’illusion que recèle l’image de lui-même que prétend donner l’Occident, mais ceci est une autre histoire). La masse russe ne cultive en revanche ni la nostalgie ni le besoin d’un système dont, au long d’une histoire millénaire, la brève expérience ne lui a pas laissé un bon souvenir.
La tentative d’importation d’un régime parlementaire, en pleine guerre mondiale, entre février et octobre 2017, balayée par le putsch bolchevik, emportée par le tourbillon de la guerre civile, n’a finalement débouché que sur soixante-quinze ans de malheur. La greffe tentée successivement par Michaël Gorbatchev et Boris Eltsine a échoué. Du trop court mandat du premier, les Russes n’ont guère retenu la glasnost et la perestroïka, la transparence et la reconstruction, mais bien la chute de l’empire soviétique, la perte du glacis consécutif à la victoire de 1945, le recul et l’enfermement dans les frontières anciennes, la défaite à l’issue de la guerre froide. Le trop long règne du second, qui ambitionnait de faire entrer la Russie dans la modernité libérale et capitaliste, s’est traduit par l’éclatement de l’Union des Républiques fédérées sous la bannière russe, par la perte du statut de grande puissance, par la décomposition d’une société que minait une corruption étalée au grand jour et la déliquescence d’un Etat que ridiculisait un président qui n’agissait et ne parlait qu’en présence de sa vodka.
Au sortir de ces années de honte et de boue, Poutine s’est peu à peu imposé.
Nul au départ ne faisait grand cas – et certains persistent dans leur erreur – de ce petit fonctionnaire sans envergure, de ce policier qui ne payait pas de mine, de cet espion couleur de muraille qui ne brillait ni par sa culture ni par son éloquence ni par son élégance ni par ses diplômes.
L’admettra-t-on enfin ? Vladimir Poutine n’est ni de notre temps ni de notre monde. Profondément étranger, profondément anachronique. Mal élevé, puisqu’il n’est sorti ni de Harvard, ni d’Oxford ni de l’ENA., mais de l’université si spéciale qu’était le KGB. Là, les maîtres ne s’appelaient pas Dostoïevski, Tolstoï , Tchekhov, mais Machiavel, Mazarin, Sverdlov ou Sun Tsu. Les modèles de Vladimir Poutine ne sont pas Gandhi, Sakharov, Jaurès, Briand ou Léon Blum, et pas davantage Barack Obama David Cameron, Jacques Chirac ou même François Hollande. En plein XXIe siècle, M. Poutine ne se conduit pas autrement qu’en leur temps Richelieu, Bismarck ou qu’aujourd’hui un certain Xi Jin Ping. Les dieux de son Panthéon national sont Ivan le Terrible, Pierre le Grand et, a-t-on appris récemment, Stolypine, l’implacable Premier ministre du faible Nicolas II, et pour cela même disgracié par le dernier tsar. Sans s’embarrasser de morale ou de discours, il compte sur la ruse et la force pour parvenir à ses fins, et l’actualité la plus récente nous donne à penser qu’à ses yeux celles-ci justifient jusqu’aux moyens qui firent la légende noire des Borgia.
Le parrainage de l’improbable Eltsine, l’appui des pires oligarques, l’intrigue et la chance ont porté au pouvoir un patriote dont l’unique but est la grandeur de la Russie, tout comme la protection de la grosse Marie de Médicis, le soutien des Grands, l’intrigue et la duplicité avaient fait l’ascension du modeste évêque de Luçon. Celui-ci, pour atteindre un but qui dépassait sa propre personne, n’eut de cesse de combattre et de réduire les nuisibles qui lui avaient été si utiles, les canailles et les crapules auxquelles il devait tout. De même, aujourd’hui, Poutine.
Tel quel, avec ses manques, ses défauts, ses lacunes, sa brutalité, ses erreurs et sans doute ses crimes, il a, quoi qu’on dise, mis un terme à l’impunité dont jouissait la pègre oligarchique qui pensait qu’il serait sa marionnette, il a mis fin à l’instabilité dont souffraient ses compatriotes, il a rendu à son pays sa dignité perdue. Avec lui la Russie est redevenue une puissance que l’on respecte, que l’on craint, que l’on dénonce …et que l’on caricature ou que l’on calomnie comme si elle menaçait vraiment les anciens satellites de l’URSS, et comme si elle mettait plus en danger l’équilibre et la paix du monde que le terrorisme islamiste, l’imprévisible hyperpuissance américaine ou le tout neuf impérialisme chinois. Comment enfin les Russes ne lui seraient-ils pas infiniment reconnaissants d’avoir réalisé, plus heureux que notre Clemenceau, le rattachement à la mère-patrie de la Crimée, cette Alsace-Lorraine des bords de la mer Noire, sans la moindre effusion de sang, a fortiori sans déclencher une troisième guerre mondiale ?
Certes, avec ce quatrième mandat présidentiel, Vladimir Poutine contrevient au grand principe macronien de non-cumul dans le temps, cet interdit institutionnel du droit du peuple de choisir qui il veut, quand il veut, et autant qu’il le veut, pour le représenter ou pour le gouverner. Eclatante contre-démonstration : la symbiose du peuple russe et de son président sortant est telle que, de l’avis général , même si M. Poutine n’avait pas abusivement exclu de la compétition son opposant le plus crédible, Alexis Navalny, il aurait été réélu. Encore plus démocratiquement.

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